Le 16 juin 2026, le Maire de Paris, Emmanuel Grégoire a prononcé un discours à la mémoire de Noahm au Conseil de Paris.
"Le petit matin est synonyme de promesses, un lever de soleil, un nouveau jour ; c’est d’autant plus vrai quand on a vingt ans enfin pas tout à fait : 19 ans. C’est ce qu’a dû penser Noahm à Metz le samedi 30 mai, une nuit à faire la fête, à vivre, à danser. On aime plus fort à cet âge-là, tout est plus intense, les couleurs, les gens, le bruit.
Un mélange de la fureur de vivre et des promesses de l’aube, alors ce samedi matin-là à Metz, Noahm a la vie devant lui. Mais c’est la mort qui l’a trouvé. Pas un accident hein ? Un meurtre, c’est cru, c’est dur, mais c’est la réalité de ce qui est arrivé à Noahm.
Un meurtre ? Un lynchage plutôt, deux hommes qui s’acharnent sur lui, coups de poings, coups de pieds, à la tête, dans les côtes, le corps supplicié ne tiendra pas longtemps. Jusqu’au mardi suivant : 3 jours dans le coma.
Le 2 juin à 19 ans, Noahm s’est éteint, on aimerait dire paisiblement mais ce n’est pas le cas.
Un meurtre donc, une vie qui en est à son début qui s’arrête brutalement, chronique d’une violence banale d’une soirée alcoolisée dans un coin de France ? Ce n’est pas faux mais ce n’est pas totalement vrai.
Lorsque les coups pleuvaient, des insultes ont fusé : « sale pédé », « va te faire enculer », puis encore des coups, et encore des insultes. On touche là le cœur du sujet. Noahm n’a pas été choisi au hasard, il a été tué parce qu’il était gay. Il a été tué par ce qu’il aimait les garçons, il a été tué pour ce qu’il était.
La nausée, le dégoût, l’abject ; de quoi parle-t-on : d’un crime homophobe.
L’homophobie, dans notre pays, continue de tuer.
Écho terrible à d’autres situations dans le monde, on pense au Sénégal où on tire de leurs maisons des homosexuels pour les livrer à la vindicte populaire et les jeter en prison. On traque, on chasse, on brise les carrières d’artistes, on tue socialement, on utilise les test HIV comme des armes de discrimination. C’est cela aujourd’hui être gay au Sénégal.
Même si la pride a pu se tenir à Budapest, nous n’oublions ni l’Afghanistan, ni l’Ouganda, ni même le Kenya.
Nous pensons à l’Iran et à toutes celles et ceux qui sont discriminés, pourchassés, emprisonnés à cause de l’objet de leur amour.
En ce mois des fierté-e-s, en France, pour celles et ceux qui à travers le monde ne peuvent pas parler, ne peuvent pas dire, ne peuvent pas crier ; nous nous élevons pour elles, pour eux, en mémoire de Noahm, en mémoire de tous les Noahm de la planète.
Noahm a été supplicié, il a été lynché parce qu’il était gay, il a été martyrisé parce qu’il aimait les garçons. Il est mort mais il vit en nous.
Tant que nous vivrons, tant que nous militerons, Noahm sera à nos côtés et la haine ne gagnera pas.
Noahm, nous n’avons pu te protéger, mais justice te sera rendue
Noahm que la Terre te soit légère."